Pour Audrey-Laure Marchand, devenir propriétaire d’un vignoble n’avait jamais fait partie des plans. La vie l’a toutefois menée à faire son entrée dans le domaine agroalimentaire il y a quelques années, alors que son conjoint, ses frères, son père et elle décident d’acheter une ferme laitière. Audrey-Laure commence ainsi à travailler à temps plein dans le milieu et, rapidement, un autre projet s’offre à elle.
En effet, son frère et son oncle caressaient le rêve de concevoir et de commercialiser leur propre alcool traditionnel Suisse pour honorer leurs origines. À la recherche de l’endroit parfait pour donner vie à cette idée, ils tombent sur le Vignoble Les Côtes du Gavet, à Tingwick, qui était alors en vente. Complètement sous le charme, les deux hommes mettent leur projet de côté et présentent une nouvelle opportunité au reste de la famille : racheter le vignoble. « Mon oncle et mon frère nous ont demandé si on voulait embarquer avec eux. On ne savait pas dans quoi on s’embarquait, mais on savait qu’on était capable de travailler fort et de mettre du temps », raconte Audrey-Laure.
Ce sont finalement sept personnes qui se jettent à l’eau et deviennent copropriétaires : Audrey-Laure, ses frères, sa belle-sœur, son oncle, son père et un ami de la famille. Le processus de rachat, qui a débuté en 2021, s’est déroulé plutôt fluidement. Tout commence par l’élaboration d’un plan financier avec l’aide de leur conseillère financière. Comme la famille baigne déjà dans le milieu agricole, l’obtention de financement s’effectue plus facilement que lors du rachat de la ferme laitière quelques années plus tôt. Vient ensuite la planification à long terme pour s’assurer que tous les copropriétaires ont la même vision et s’entendent sur le rôle de chacun. Une fois tout le monde d’accord, ils font leur offre d’achat aux anciens propriétaires. Ces derniers, ayant un grand attachement émotionnel envers le vignoble, ne cherchent pas à le quitter immédiatement. La décision est donc prise d’effectuer une passation graduelle sur une période de deux ans, ce qui permet à l’équipe de repreneurs d’apprendre les rouages du métier et de recevoir de précieux conseils des anciens propriétaires. Autre aspect facilitant grandement le processus : l’inclusion du permis d’alcool dans le rachat, ce qui épargne de longues démarches aux nouveaux propriétaires.
Maintenant seuls à la tête de l’entreprise depuis 2 ans, Audrey-Laure et sa famille ont le vent dans les voiles. Avec la ferme laitière, le vignoble et les emplois de semaine que certains occupent, leur équipe a l’habitude de travailler sept jours sur sept. Chacun met ses aptitudes particulières à profit afin de former une équipe multidisciplinaire. Alors qu’Audrey-Laure se concentre sur le service à la clientèle, les communications, la boutique et l’organisation d’événements, ses collègues s’occupent quant à eux de la viticulture, de la production, de l’élaboration des recettes et des autres aspects administratifs. « En étant une gang, la charge est partagée. C’est moins stressant et on va plus loin, car on a plus d’idées! », explique Audrey-Laure.
Toutes ces idées les ont d’ailleurs menés à restructurer l’offre de l’entreprise. Alors que les anciens propriétaires se concentraient sur la vente des produits dans des commerces de la région, les repreneurs visent plutôt à attirer la clientèle directement au vignoble. Cette vision a mené à de nombreuses innovations comme l’aménagement de l’espace extérieur, une nouvelle formule de dégustation permettant d'accommoder plus de clients à la fois, ainsi que l’ajout de toilettes et d’un bar dans la salle. Mais l’idée se démarquant le plus est sans aucun doute leurs populaires soirées pizza qui connaissent un fort achalandage et pour lesquelles ils ont fait construire un four à bois.
Avec le 25e anniversaire du vignoble qui arrive cette année, encore plus de nouveautés se pointent à l’horizon. Et comme repreneure, Audrey-Laure continue elle aussi d’évoluer : « On grandit tellement en tant que personne dans une expérience comme celle-là. La personne que j’étais il y a 5 ans n’a rien à voir avec celle que je suis aujourd’hui! ».
